Un autre exemple de clarification et de choix de gamme appliquée cette fois à la colorimétrie.
A Novaltess, Olivier pilotait une imprimante céramique. C’est une grosse imprimante capricieuse qu’on ne trouvait alors que très peu en France et on en trouve d’ailleurs toujours assez peu même aujourd’hui…

La nôtre s’appelait la Pink. Une version modifiée des imprimantes Kornit dont le prototype a dû naitre en Israël puis a été exporté et commercialisé en Italie… C’est une sacrée bestiole qui intègre un circuit d’air comprimé, de l’électronique et surtout des encres spéciales céramique qui ont la caractéristique de tenir ou de développer leurs couleurs à haute température. Pour nous entre 900 et 1100 °C.

Les oxydes présents dans ces encres sont tellement gros que les buses des têtes d’impression sont presque visibles à l’œil nu. Et comme le matériau en suspension est lourd, il faut que les encres soient consommées rapidement. Après 6 mois, la suspension est tellement retombée dans les bidons d’encre qu’ils deviennent inutilisables.
Un tout petit gamut
Mais c’est pas tout. Du fait des paramètres très spécifiques de ces encres et de l’adéquation parfaite qu’il faut entre l’émail et ces couleurs, le gamut se trouve très limité. A tel point qu’il faut raisonnablement faire des choix de gamme. On oubliera le rouge Ferrari, et des verts bambou.
Le gamut est quasiment 10 fois plus étroit que sRGB. C’est dire.

Dans certains corps de métier, on préfère alors se passer de tout un pan du gamut pour privilégier une teinte en particulier. On trouve alors des montages d’encre CMJN pas très mainstream qui peuvent être un CoPYlBr ( Cobalt, Rose, Jaune poussin et Marron ) ou encore un CoPYbK ( Cobalt, Rose, Jaune beige, Noir ).
Le rouge a toujours posé problème dans l’industrie céramique et le nom de cette machine doit faire penser ou croire que le rose est une réussite… Mais ce n’est pas le cas…
Le but du jeu a donc été de trouver une bonne combinaison de couleurs compatibles avec nos émaux. Des émaux peuvent en effet supprimer certains couleurs à la cuisson !. Obtenir un gamut assez cohérent, sans trop de manque devient une vraie partie de plaisir…
Et les procédures de caractérisation CMJN de I1 Profiler pour ce genre de machines ne sont pas particulièrement « standards ». Le « papier » est une plaque émaillée avec une réflexion assez grande. Et le Eye One avait parfois bien du mal à repérer les patches de couleur…
Après plusieurs essais et plusieurs méthodes de caractérisation, Olivier obtient ce profil terrifiant pour les coloristes.
Mais presque satisfaisant pour un céramiste…
C’est de là probablement qu’est née concrètement notre envie de faire des choix de gamme, plutôt que de se perdre dans une offre exhaustive à tout prix.