Rémanences : Texte de présentation du travail d’Emmanuelle Leblanc / 2015
Pour Emmanuelle Leblanc, la peinture reste le moyen le plus cohérent de prendre le temps de restituer le vif, de toucher la mémoire des temps courts, rapporter l’éclat des espaces éteints. Paradoxal en somme, compréhensible en différence.
Formellement, il y a toujours cet imaginaire porté par certaines formes du passé, cette recherche de la mesure, de la proportion, de l’harmonie et du juste ton.
Dans le fond, pour autant, rien n’est attendu. Tout doit s’attendre. Mélange subtil d’une implication longue et d’un détachement plus grand encore pour toucher la mémoire, donner formes à des rémanences.
Rémanence sensible : « La Ligne de peinture« , longue suite de petites huiles sur bois, travelling syncopé dont le discours se voudrait essentiellement pictural, et qui parvient pourtant à émouvoir par des indices hors contexte.
Rémanence sensitive : La série de portraits en clair-obscur, « Matière à Réflexion » est un ensemble de « mémoires colorées » ou la capacité d’une figure-support à se souvenir de la lumière.
Tous souvenirs éteints, cette peinture là continue de briller.
Coming out de Ulrich Bassinet :
De la « Pro-curation ».
Lecteurs exclusifs de contenus multimédias, passez votre chemin, il n’y a là qu’un texte à lire.
Lire, voilà bien le dernier effort de notre société à en juger par le nombre indécent de relations que j’ai amassé en quelques mois sur le réseau LinkedIn.
Je me présente à nouveau:
Ulrich Bassinet, directeur de l’ESB3D, j’ai notamment l’honneur de faire partie des 5 % d’utilisateurs LinkedIn qui comptent à ce jour plus de 2300 relations.
Je crâne un peu, c’est vrai… J’ai mes raisons.
D’autres statistiques pour vous prouver à quel point je suis unique?
J’ai mis seulement 5 jours pour récolter mes 500 premières relations, mon profil a dernièrement été consulté 178 fois en une seule journée, j’apparais en moyenne 15 fois par semaine dans les résultats de recherche.
J’ai des relations importantes chez Tf1, Europe1, Radio France, RTL, Arte, Le Figaro, le Nouvel Observateur, l’express, etc…Vous voulez des noms? Pas tout de suite…
Et alors, où je veux en venir? Je termine : Ma plus grande particularité, celle qui me distingue à coup sûr de vous tous réside certainement dans le fait que… je n’existe pas…
Pas plus que je n’existe sur les autres réseaux sociaux, pas plus que ma femme Opportune Bassinet, ni ma famille entière, mon neveu Kevin Mestepuy, et surtout mon école de Design…
Je vous ai tout de même épargné ces existences.
Je porte le prénom de « l’homme sans qualités » de Robert Musil, et un nom de famille qui pourrait souligner ma propension à une légère cupidité. Et pourtant, tout comme le philosophe Jean Baptiste Botul ou le mathématicien Nicolas Bourbaki, je n’ai d’autre existence que celle que vous avez bien voulu me concéder, ou plutôt me « pro-curer ». Comme le dernier objet « design » à la mode, la dernière news ou vidéo de chat partagée à la hâte, j’ai profité de votre curation passive de contenu, de votre pro-curation « active » si tant est qu’un clic puisse constituer un acte, bien entendu…
Un coup d’œil rapide sur mon profil, « j’accepte » et me voilà doué d’une existence. Et quelle existence! J’ai un carnet d’adresses à faire pâlir un véritable directeur d’école de Design! Je côtoie virtuellement des grands journalistes à l’esprit d’investigation très aiguisée ( la preuve), des experts en e-réputation, des designers, des philosophes, des écrivains… Nicolas, Jean Baptiste, je vous ai longtemps cherché sur ces réseaux, en vain…
Auteurs ou amis de Bourbaki ou de Botul, veuillez excuser ma comparaison rapide entre mon petit forfait et la grandeur de vos personnages; j’admets n’en avoir ni la saveur, ni la portée, encore moins l’excellence. Et je n’ai aucun mérite à cette heure où les vérités n’existent plus, où les énormités ne dérangent personne… Responsable d’une école de Design « presque » irréprochable, je peux à loisir apprécier les « tournesols de Rembrandt » et ne déranger personne, pas même un confrère, ni un historien d’art…
Pas un n’aura réagi, puis qu’aucun n’a lu les 5 lignes de ma présentation. Pas un? Non j’exagère, pour être précis, sur 2380 relations acceptées, pas moins de 10 personnes ont rebondi sur ma demande et ont clairement déclaré avoir compris le sens de ma demande et les objectifs de mon Ecole Super Bien de Design, de Design et aussi de Design, mon ESB3D chérie… Un résultat qui pourrait me rendre nostalgique du temps où l’ironie était l’arme du doute, le doute permis, le deuxième degré autorisé, l’humour salvateur… A vous qui êtes passé à côté de la blague, ou ne l’avez pas comprise, plusieurs options, reconnaître votre tort, crédulité, boulimie relationnelle, étant naturellement une option exclue, j’entends bien…
– Minimiser le problème : « Oui j’avais bien compris, mais j’ai pas pris le temps de répondre à ces enfantillages… »
– S’indigner : « Oui mais si on doit tout lire et se méfier de tout ce qu’on lit et accepte ! » ( Position à éviter pour le corps journalistique ou « spécialistes » des réseaux sociaux)
– Méthode 84: Réécrire le passé. Supprimer discrètement la relation qui nous unit… Ni vu, ni connu.
( Je conserverai alors avec tristesse le souvenir de vous avoir « connu » dans ma petite base de donnée…)
– Incompréhension : » On ne sait même pas de quoi il s’agit! » De quoi parle-t-on?
Je vous parle simplement d’une société qui ne reconnaît que les fruits qu’elle produit. De bien belles poires en l’occurrence.
Votre Ulrich.
Phosphène : Poème écrit pour l’exposition éponyme curatée par Pleonasm, Bordeaux, 2015.
_ << J’ai désespéré de les voir pâlir.
Tout près, certains soulevaient des photons en poussière;
sous l’escalier, j’éteignais de soudains parasites
tenaces.
Fines décharges sans humour à ciel fermé… >>
_ << >>
_ << Non, seulement électriques.
.. entre la mousseline gris vert en perspective et…
et des spectres volaient,
j’en ai gardé des tâches et un léthargique Hannibal sous les paupières. >>
_ << On aurait aimé l’Incendie pour être plus clair.>>
_<< De la mousse noire et pourpre et un peu d’or
et le souvenir des meubles sous une feutrine gris bleu…
qui passait encore…
mais un temps moins long,
à chaque clignement et
il reste des traces d’un tragique animal
devenu vert en négatif.
Une déformation des vers en somme.
J’ai désespéré de les voir partir, tenaces,
qui soulevaient des poussières d’escalier…
Des fautes qu’on a soudé par la suite
à nos paupières. >>